“ on m’a dit que mon écriture était poétique. moi je ne sais pas trop ce que c’est la poésie. parce que la poésie c’est partout et nul part à la fois. c’est quoi la poésie ? moi je parle de mes grands-parents, des cailloux et des graines. est-ce que mes grands-parents sont des cailloux qui ont planté des graines ? mon grand-père me dit qu’il voit toujours le même caillou à sa marche du matin. c’est une graine qui ne pousse pas mais qui est là. je ne sais pas ce que c’est la poésie.
moi je ne veux pas, surtout pas romantiser un quotidien. un quotidien qui traîne ses lourdes bottes collées à la terre. est-ce que la poésie c’est donner un visage à un quotidien ? je ne sais pas si un jour j’enfilerai de nouveau mes bottes pleines de boue.
j’ai chaussé mes chaussures de ville depuis quelques années mais ce n’est pas confortable. je ne sais pas quoi prendre pour marcher, pour ne pas abîmer mes pieds. des fois je vais à la mer et c’est bien parce qu’il n’y a pas besoin de chaussures quand on va à la mer. y a les algues et les rochers et les crabes sous les algues et les rochers. de toutes petites crevettes transparentes qui devenaient roses quand on les décortiquait. désolée crevettes, j’aurai pas dû avoir de filet. des fois la mer montait jusqu’aux genoux, les crevettes s’échappaient. j’étais petite.
est-ce que la poésie c’est un filet dans lequel les mots deviennent roses quand on les décortique ? est-ce que la poésie te rattrape comme l’eau en marée montante ? est-ce que la poésie est à tes pieds tout le temps, qu’ils soient nus sur les algues, chaussés sur les pavés ou humides dans les bottes de pluie ?”
février 2026
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